Présentation de la sophia-analyse

(Hervé Etienne, Béatrice Hiltl, Joselyne Charlier)

La sophia-analyse fondée par Antonio Mercurio se rattache au courant psychanalytique existentiel et appartient au vaste courant humaniste. Elle place l’être humain au cœur de sa problématique, non seulement en tant que Sujet, mais en tant que Personne.

La pratique de la sophia-analyse ne peut donc être le résultat d’une application de telle ou telle théorie (voire d’une prescription) ; il s’agit, toute proportion gardée, de « réinventer » la théorie avec chaque personne en fonction de ses singularités.

Dans le même esprit, la sophia-analyse propose une théorie qui évolue en fonction des problématiques cliniques rencontrées. Même si le dispositif analytique préserve le patient des interférences externes et donne la primauté à l’expression de la subjectivité, le monde social est présent à l’arrière-plan. La sophia-analyse, loin de l’ignorer, intègre l’évolution de l’environnement sociétal et les mutations sociologiques dans sa réflexion et ses pratiques analytiques.

La sophia-analyse est une thérapie par la parole et par l’écoute, son outil est la relation. Elle vise avant tout à soulager, voire à libérer le patient de la souffrance psychique née des blessures de son histoire, sachant que sa particularité est de considérer les blessures les plus archaïques, celles reçues durant la vie intra-utérine. Elle vise encore, en tant que psychanalyse existentielle à permettre au patient de naître à soi-même en tant que Personne et d’affronter la souffrance liée à sa condition humaine afin de récupérer sa capacité à agir et à développer sa créativité.

Présentation de la méthode sophia-analytique

(Hervé Etienne, Béatrice Hiltl, Joselyne Charlier)

Elle considère que la personne est libre et capable de décisions ; lorsqu’elle consulte, elle est généralement dans une impasse (souffrance psychique ou existentielle) quant aux décisions qu’elle a prises jusqu’ici dans son existence. La méthode sophia-analytique s’attache à reconnaître la valeur des outils que cette personne a acquis, outils qui lui ont permis d’arriver là où elle en est aujourd’hui, mais qu’il est nécessaire de faire évoluer. Ces outils sont les symptômes, la stratégie de l’évitement dont le déni fait partie, la maitrise et les croyances qui permettent de juguler les peurs, l’angoisse et l’anxiété jusqu’à un certain point ; ce sont des mécanismes de défense. Les processus d’adaptation au monde et aux relations font aussi partie des outils acquis qui auront à évoluer ; les processus d’adaptation sont une élaboration liée aux émotions, aux sentiments et aux ressentis. Par exemple, la stratégie du contrôle relève à la fois d’un mécanisme de défense et d’un processus d’adaptation relatif à une peur ou une émotion (la peur d’être rejeté ou l’éprouvé du rejet) pouvant conduire à vouloir faire tout parfaitement, comportement qui peut mener au burn out imposant alors la nécessité d’un changement.

Le sophia-analyste est attentif à la dominante émotionnelle qui habite la personne et son travail consiste à reformuler les processus psychiques et existentiels et à insister sur l’analyse de l’agir de la personne. Devenir capable de penser et de s’approprier ses agirs aide la personne à transformer ce qui est nécessaire de changer au regard de son projet de vie.

Si la psychanalyse permet de comprendre son passé, de faire des liens et de favoriser des prises de conscience, la sophia-analyse propose des solutions : une fois la problématique posée, il est nécessaire de définir la stratégie visant au changement.

Le rôle du sophia-analyste est de déterminer comment le problème fonctionne et se maintient dans le présent, que son origine provienne ou non du passé. Il est important pour lui de connaître les solutions et les différents agirs qui ont déjà été tentés par la personne. Ses interventions basées sur l’authenticité, visent un double impact, à la fois informatif et incitatif en vue d’obtenir un effet sur la personne. Par exemple, obtenir une détente émotionnelle qui permet de modifier les perceptions faites par la personne à propos d’une situation et d’influer ainsi sur les réactions suscitées.

Le sophia-analyste doit s’imprégner de la dynamique relationnelle de la personne, pouvoir lui parler avec son langage en vue de l’aider à construire une réponse différente aux problèmes dont elle souffre. Ce travail se fait selon l’appui des valeurs fondamentales existentielles de liberté et de responsabilité.

Enfin, l’objectif de la psychothérapie sophia-analytique est de permettre à la personne de reprendre le pouvoir sur sa vie. Grâce à la restauration et l’écoute de ses ressentis (émotions, sentiments) la personne se réapproprie les processus qui animent sa vie. Elle peut alors enfin saisir et comprendre la manière dont ces processus se sont construits à l’origine et dans quel contexte ils ont émergé. Elle pourra ensuite restaurer un processus décisionnel de manière à cesser d’être l’objet des processus qui agissent automatiquement dès qu’une résonance les convoque.

Cet objectif de reprise de pouvoir sur sa vie invite aussi à s’interroger et à répondre à la question : comment penser le sens de sa vie dans le monde actuel ?

Bibliographie 

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YALOM I., 1990, Thérapie existentielle, Paris, Galaade, 2008

 

Quel processus de travail en psychanalyse existentielle selon la méthode sophia-analytique ?

(Hervé Etienne)

Cette méthode convient pour les difficultés existentielles, elle prend en considération le symptôme quel qu’il soit :

  • phobique « j’ai peur de… » ;
  • psychique « j’ai toujours quelque chose qui me tourne dans la tête ou j’ai peur d’être fou » ;
  • addictif « je n’arrive pas à arrêter de boire de fumer.. », « je suis anxieux, déprimé, bipolaire » ;
  • le symptôme peut être social « je suis en burnout », « j’ai peur de retourner à mon travail » ;
  • le symptôme peut concerner le couple « je ne sais plus ce que nous faisons encore ensemble ».

Si l’on cherche un maître à penser ou à agir ce n’est pas la bonne approche.
Le travail va s’effectuer en prenant en considération la topique existentielle schématisée ci-dessous. Le point de départ peut se trouver à n’importe quel endroit : une émotion, un processus d’adaptation, une solution existentielle. Le chemin se fera aussi bien à partir du présent qui permettra au passé de revenir, qu’en remontant aux premières émotions afin de mettre à jour les solutions existentielles trouvées dans le présent et dans l’avenir.
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Agir et communication émotionnelle

(Hervé Etienne)
L’univers non verbal, celui des ressentis, commence dès la vie intra-utérine et se poursuit jusqu’à l’acquisition du langage qui va permettre la possibilité d’exprimer quelque chose des ressentis, non la totalité. La relation du psychopraticien avec son patient va s’occuper de ce qui s’est passé : en partant des ressentis les plus actuels pour aller aux plus archaïques. La personne arrive avec une demande qui est issue d’une histoire singulière, elle va nous parler de ses émotions, nous allons aussi entendre ses agirs qui nous font part des moments vécus dont le sens n’a pas été dit. La place moderne du psychopraticien s’apparente à celle du tiers qui nomme et ressent.

La relation

La relation thérapeutique soigne, on parle alors d’alliance thérapeutique, la confiance est indispensable pour animer ce processus.
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