par Béatrice Hiltl

Une réflexion sur les séances à distance et sur le suivi des relations thérapeutiques à distance m’a conduite à envisager la tenue d’une sorte de « journal de bord de thérapies confinées ».

 

Premier impact, cette réflexion suscitée par Hervé Etienne qui insiste sur cette notion évènementielle de l’inconscient existentiel qui nous amène, patients et praticiens, à vivre une relation thérapeutique inédite. Inédite, puisque les uns et les autres vivons « en même temps » cette situation de crise ou de catastrophe, tant à un niveau individuel que collectif. Situation à la fois singulière, inquiétante (de l’ordre d’une « inquiétante étrangeté ») exceptionnelle, pleine de paradoxes faits de vides (les pertes de tout ordre, les manques, les privations, les frustrations, les renoncements) et de pleins (les élans solidaires, les actions, les pensées qui se font dans le lien à soi-même, à l’autre et au monde, les renoncements « maturatifs » et libérateurs)

 

Un premier temps éprouvé de sidération nous plonge dans un brouillard qui nous amène à fonctionner selon un mode ralenti et sur la nécessité également de maintenir un semblant de routine, un semblant de vie quotidienne ritualisée et séquencée afin d’assurer encore un suffisant sentiment de continuité, pour palier à cette grande discontinuité dont notre réel est aujourd’hui frappé.

 

Une première prise de conscience me touche, celle du souci partagé pour l’autre, au cœur même de la relation thérapeutique. Les patients se préoccupent du bien porter de leur thérapeute et leur disent : « portez-vous bien ! » « prenez soin de vous ! » où un accent d’empathie n’est pas feinte. Ce n’est pas dans leur bouche un langage de communication !

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